LES ACTES et mentions INSOLITES DES REGISTRES D’ETAT CIVIL
    
 

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Les cloches dans les registres


 

Instrument de communication touchant une population importante et dispersée , les cloches jouèrent un rôle considérable dans la vie quotidienne des paroissiens. Qu'elles sonnent l'angélus trois fois par jour, l'appel à chaque cérémonie religieuse ,le tocsin en cas de danger ou le glas en cas de deuil, les cloches étaient régies par "un règlement pour la sonnerie des cloches" instauré par chaque évêché.
Par exemple, la sonnerie horaire des cloches fut rendue obligatoire par le concile de 801 d'Aix-La-Chapelle.
Les grandes paroisses et les cathédrales possédaient plusieurs cloches aux sonorités et aux fonctions bien différentes actionnées par le fameux sonneur de cloche. Ainsi, le célèbre "Bourdon" , la plus grosse cloche de Notre Dame de Paris, ne sonne que pour les grandes fêtes comme  Noël ou Pâques.
Mais une cloche coute cher pour les petites paroisses de nos campagnes et pour celles qui n'en possédaient pas, c'était  le campanier qui actionnait sa clochette sur la place du village pour signaler un baptême ou un enterrement.
Les paroissiens eux-mêmes doivent contribuer au paiement de la cloche du village, offrant selon leur moyen des vieux sous , des clous et d'autres matériaux au fondeur de cloche qui fabrique la cloche au pied de l'église.
On vénère la cloche au point même de la baptiser , en présence d'un parrain et d'une marraine choisis le plus souvent dans la haute bourgeoisie ou la noblesse .

sites   : "Le langage des cloches "      "les fondeurs de cloches ambulants"           "la campanologie"

Nous verrons dans des mentions trouvées dans les registres :
Un fondeur de cloche un peu cloche !  ici
Comment un fondeur de cloche rate la coulée de la cloche !   ici
La fête au village lors de l'arrivée de la cloche   ici
La bénédiction d'une cloche    ici
Quand le tocsin sonne pour rien !  ici
'Bataille' pour des cloches !  ici

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Merci à Laurent Levallois pour cet acte

Commune d'Espinasse (Puy de Dôme) -1766

Toujours en quête de matières premières assez onéreuses pour une paroisse de campagne, il est habituel de refondre les anciennes cloches le plus souvent fêlées ou cassées pour en fabriquer d'autres.
La cloche d'Espinasse cassée depuis presque 20 ans est effectivement refondue par un maitre fondeur semble-t- il plus artiste qu'intelligent !
" André Barbette Me fondeur de Loraine, ouvrier assez entendu en son art mais mal monté du cerveau" ! 
Il fallut cependant rajouter 300 livres de métal pour un poids total estimé à 600 livres.

"Notre première cloche apres avoir
demeurée pres de vingt ans cassée , a ete
refondue par andre barbette me fondeur
de loraine , ouvrier assez entendu en son art
mais mal monté de cerveau le 29 juin
1766 a 10 heures du soir , et a ete augmentée
de 300 livres de matail ; on croit quelle
pese actuellement entour de 600 livres. Sur la
circonferance de lad(ite) cloche sont ecrits ces
deux vers latins
Laudo deum, ploro defunctos , festa decoro
fulgura compulso olerum voco congrego plebum

Le premier juillet de lad(ite) annee jour de
St Gal second patron de notre Eglise par
permission de Mr. David V.G. elle a eté
solemnellement  benie et consacrée a l'honneur
de St Martin notre premier patron (...) "

 


Ad63 Espinasse BMS1764-1780 vue22

Commune d'Hotonnes (Ain) - 1739

La fabrication d'une cloche nécessite de l'argile pour construire la "fausse cloche" qui est en fait le moule dans lequel sera coulé le métal.
La cloche du village avait une importance telle que si sa qualité était compromise, le curé ne manquait pas de le faire remarquer !

Ainsi, la cloche "fut manquée par l'ignorance du fondeur"  qui rata la coulée en confondant le métal et l'argile !
On fit appel à un autre fondeur qui récupéra le métal mais il fallut l'aide des habitants de Ruffieu, commune voisine, pour rassembler encore plus de matériaux . La cloche fut finalement "reconnue très bonne par des hommes très experts "

 

"Il est a remarquer que la grosse cloche de cette parroisse a este fondue et jettée au moule
le septieme decembre de lannee susditte . elle fut manquée par lignorance du fondeur
qui ne connaissant poin le degré de chaleur fit un feu si violent quil reduisit la terre d'argile
en verre ce ignorant fondeur ne connaissant point et ne pouvant distinguer la terre fondue
et reduite en verre d'avec le metal perdit la (...) et abandonnat le metal dans le
fourneau lon fit venir un nommé bretton qui la (...) quinze jours aprais mais il
fallut augmenter dun quintal tant cuivre que d'estain et dautre metail que lon acceptat
des habitants de Rufieu ; la cloche doit peser douze cent livres et a este reconnue tres
bonne par des hommes tres experts . "

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Merci à Daniel Filliatre pour cette mention et pour la photo !
Les 2 cloches de St Pierre d'Excideuil (Vienne)
Registre de Civray  - 24 septembre 1752

Voici un accueil quasi royal des deux cloches
de St Pierre D'excideuil !

Les cloches furent "transportées de Civray à St Pierre
sur une charrette attelée des huit plus beaux bœufs
de la paroisse couverts de lauriers et rubans ". 

Puis elles furent "
montées au clocher au bruit des tambours
du son des fifres, violons et aubois et saluées
de plusieurs charges de la mousqueterie en ligne
de la joie que tous les habitants ont d'avoir ce glorieux
et salutaire avantage après en avoir été privé
pendant plus de cens ans "

La première cloche , d'un poids de 320 livres et entièrement
payée par la paroisse fut baptisée Anne
et la seconde de 246 livres payées par les habitants
fut baptisée Marie.

"Elles reviennent montées au clocher à la somme de 950 livres "

accès à la mention dans le registre   ici
Reg  Civray 1751-1754 - 5MI 0934  p.37-38

L'église de St Pierre d'Excideuil
dont il manque une cloche
(Photo  D.Filliatre)

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Une Cloche nommée Amable- Hôpital général de Riom (Puy de Dôme) - 1745 -

L'église parle de bénédiction et non de baptême des cloches.
Cette fonction revenait à l'évêque qui cependant pouvait déléguer
et la cérémonie respectait un déroulement bien précis dont on peut lire la description ici   
En fin de cérémonie, l'officiant attribue le nom d'un saint à la cloche,
en présence d'un parrain et d'une marraine .
La cloche dont il est question dans cet acte se nomme Amable, du prénom de sa marraine.
 

 

  Riom-L'hôpital
"Aujourd'hui quinzième jour du mois de
juillet mille sept cent quarante
cinq en vertu de la permission de
Monsieur Cognot vicaire général
de ce diocèse de Clermont nous soussignés
avons fait la cérémonie de la
bénédiction d'une cloche dans la chapelle 
de l'hôpital général de cette ville de Riom
selon le rite du diocèse , on luy a donné
le nom d'amable, en présence de Mr
antoine vialord prêtre chapelain du dit
hôpital, de Mr Pierre cartier son diacre
et de Dame Amable Dujouannel
épouse de Monsieur Jaques Vallet
en qualité de marraine de ladite cloche
et de Claude Perret parrain qui ont
soussigné avec nous ledit jour et an
que dessus "
 

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Commune de Coise (Rhône) - Juillet 1789

Pour les paroissiens des temps anciens, les cloches représentaient un moyen de communication efficace et rapide . Le glas  pour annoncer un malheur, le tocsin  pour avertir d'un danger , ou l'angélus pour appeler à la prière, les différents sons de cloche transportaient un message bien particuliers  . (Voir "Les sonneries de cloches" et
"Le langage des cloches )
1789 , fut une année particulièrement agitée en France et dans la nuit du 28 au  29 juillet, soit quelques jours après les émeutes de Paris , le tocsin se mit à sonner "de toute part" et toute la nuit . Il y eu une panique générale et chacun courut se cacher dans les bois, cachant dans la terre ou dans l'eau leurs effets personnels !
Il n'y eut cependant "point d'ennemi"

 

 


Ad69- Coise BMS1789- Vue6/8

"fin des registres de 1789
La nuit du 28 au 29 juillet de la presente année a 9 heurs du soir
le tocsin fur sonné de toute part pendant toute la nuit
tout le monde se sauvoit et emportoit ses effets dans les
bois ou les cachoient sous terre ou dans l'eau, lalarme fut grande
jamais rien de semblable, et point d'ennemi
on etoit en securité dans les bois et non dans les maisons !"

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Voici l'aventure palpitante du curé de Moncé-en -Belin (Sarthe) qui veut à tout prix acquérir trois cloches bien précises pour sa paroisse ! 

Un matin de décembre 1791 , le bon curé "malgré la goutte qui me tourmentois" , part au Mans acheter les 3 cloches de St Nicolas dont il rêve. Mais arrivé sur place, il apprend qu'elles étaient promises à la commune de Ballon . "Après une très grande et ennuyeuse contestation" , il fut décidé que la première commune qui ramènerait ses cloches cassées pourraient repartir avec les 3 cloches convoitées . "Dans la crainte d'un brouillamini de cloches " le curé décide de faire enfermer lesdites cloches !
Le lendemain matin , les cloches cassées de Moncé-en -Belin étaient au Mans "Point d'habitants de Ballon, ils n'étoient pas éveillés si matin , ni si prompts en besogne" et le curé put repartir avec ses cloches .
Quinze jours plus tard une rumeur annonçait que les habitants de Ballon allaient venir pour enlever les 3 cloches ! "autant en emporte le vent " conclut le curé !

Malgré tout .... Moncé-en -Belin du se séparer de 2 des 3 cloches dont le curé était si fier en 1794 , en vertu de l'arrêté de la Convention du 23 juillet 1793 obligeant le maintien d'une seule cloche par commune . Voir source (p40)

Acte Ad72 Moncé-en -Belin BMS1760-1792 vues295-6-7-

« Le vendredi 16 décembre 1791, nos officiers municipaux et habitans
me sollicitèrent si vigoureusement que, malgré la goutte qui me
tourmentoit, je fus au Mans dans ma voiture pour échanger nos
cloches cassées avec d'autres résonnantes et bien concordantes. il
y avoit bien un an que je désirois les trois cloches de Saint-Nicolas
du Mans, je fus bien surpris en arrivant d'apprendre qu'elles
estoient promises pour Ballon par M. le procureur du district
du Mans ; après une très longue et ennuyeuse contestation,
il fut décidé que les premiers qui feroient venir au Mans leurs cloches
cassées les auroient, et que si nous nous trouvions ensemble, on nous
feroit tirer au sort à qui les auroit. Sur cette décision, je me
transportai dans la minute avec nos officiers municipaux dans la
cour de l'abbaye de la Couture, où je trouvai plus de quarante
cloches peslesmeslées ; je sçu débrouiller et reconnaître les trois de
St Nicolas. Il y avoit dix ou douze paroisses qui dévoient en enlever
l'après midi. dans la crainte d'un brouillamini de cloches, je fis
enfermer sous la clef, dans une remise de l'abbaye les cloches que
j'avois choisies, contre l'avis d'un olficier du district et sa deffense.
Je fis partir sur le champ le procureur de la commune avec un
officier pour aller promptement faire descendre nos cloches de


 




Moncé, je les trouvai descendues le soir à mon arrivée ; je les fis
charger tout de suitte, le lendemain, elles étoient au Mans à la porte
du poids du Roy à six heures du matin. Point d'habitans de
Ballon, ils n'étoient pas éveillés si matin, ni si prompts en besogne.
notre échange se fit trie pour trocq , nos trois cloches arrivèrent
à Moncé à une heure après midi le même jour, il fallut les enhuner
toutes trois, faire faire des plumats, des boitons, des cordes nouvelles, nos
anciennes étant trop grosses, de sorte qu'elles furent montées et prestes
pour Noël et tinctèrent très agréablement et très mélodieusement
dès la veille de cette fête; et à la saint Etienne.
Quinze jours après, il vint un bruit assez commun que les habitans de Ballon dévoient venir au nombre de 5 ou 600 enlever nos cloches qui
leur avoient été promises, autant en emporta le vent...
Nos deux cloches ne pesoient que huit livres moins que les trois de Saint-Nicolas.
"Copie de l'inscription de la grosse :
J'ay été nommée par Mre andré guyonneau assesseur au
présidial du mans, et par Anne-Renée de Bellardant, dame de
Villaines Lagonais epouse de Mre Gabriel René de
Moloré écuye chevalier de l'ordre de Saint Michel et
président de l'élection du mans....
honorat Drouard prestre curé, La Lande marchand, procureur
de fabrique . pierre asselier  nous a faites  l'an 1735.
J'avois pris linscription des deux autres que je n'ai pu retrouver et qui
avoinet été nommées par personnes de ma connessance et de ---
a peu près
La grosse cloche pèse 495 livres, la seconde 353 livres
et la troisième 257 livres
Le curé de Moncé en Belin soussigné certifie le contenu cy dessus et des
autres parts sincere et veritable en foy de quoy j'ai signé audit Moncé
Le six janvier mil sept cent quatre vingt douse ....
Sr Lardeux curé de Moncé
en Belin capitale du Belinois"




 

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