LES ACTES et mentions INSOLITES DES REGISTRES D’ETAT CIVIL
    
 

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Dans les temps anciens où les conditions d'hygiène laissaient fortement à désirer , la dysenterie était le plus souvent endémique .
Elle se caractérise par de violentes diarrhées mortelles principalement chez les jeunes enfants .
La maladie débutait généralement en période de fortes chaleurs durant laquelle les points d'eau devenaient insalubres
ou les denrées alimentaires mal conservées devenaient avariées.

Véritable fléau épidémique, la dysenterie de 1779 fera quelques 45000 victimes en Bretagne.
Elle est abondamment mentionnée dans les registres et nous permet de découvrir l'histoire d'un habitant d'Evaillé (Sarthe)  particulièrement robuste !
(Voir "La dysenterie" )

 

Le premier témoignage de la dysenterie dans un registre paroissial a été écrit par la curé de Fleurieu-sur-Saône (Rhône) en 1607 . La même épidémie sévissait dans la ville de Lyon.

 "L'an 1607 on mouroit fort a lion et tout au tour du flux
de sang et dessenterie mesme en
ce lieu de montaney et principallement
les petits enfans aux moys d'aoust et
de septembre"

 


Ad69 Fleurieu-sur-Saône S1607-1613 vue7

Une autre épidémie de dysenterie s'installe à Champagné (Sarthe) en 1707 faisant 16 morts en 2 mois (septembre-octobre) alors que l'on comptait 7 décès sur toute l'année précédente.
En bas de chaque avis de décès , le curé mentionne "mort de la dissenterie"

 


Ad72 Champagné BMS1703-1746 vue60

L'épidémie de 1779 restera sans doute dans l'histoire comme "la grande dysenterie" que l'on qualifiera de caniculaire puisqu'elle survint après une période de fortes chaleurs. Dans toute la France, on note une augmentation des décès de 223000 ! 

Voir " La dysenterie caniculaire de 1779 "

La Chapelle-du-Genêt (Maine et Loire) -1779
Le curé parle de la dysenterie dans l'ouest de la France qui aurait emportée un cinquième de la population de Calais .

"il y eu icy cette année, comme dans tout le diocèse, et
ceux de nantes et de La Rochelle, une grande dissenterie
et qui nous a emporté une trentaine d'habitants. mais ce
qui n'est comme rien vis-à-vis plusieurs autres paroisses,
surtout dans le Bas poitou et du côté de calet, ou il en a
privé jusqu'a une sixième et même cinquieme partie . "

 


Ad49 La Chapelle-du-Genêt BMS1769-1788 vue160

Autre témoignage de l'épidémie en Vendée, dans la commune de Notre-Dame-de- Monts
Il y eut sur l'année 323 décès dont 278 personnes qui depuis le mois d'août sont presque toutes décédées de la dysenterie. Des pages entières de sépultures se succèdent dans les registres .

"En la présente année il est mort dans cette Paroisse de
Notre Dame de monts trois cent vingt trois personnes, et
presque toutes celles qui sont mortes depuis le douze aout,
au nombre de deux cent soixante dix huit, sont mortes de
la dyssenterie qui a fait ici un ravage affreux et dont
presque tous les habitants ont été attaqués. "

 

 


Ad85 Notre-Dame-de-Monts BMS1773-1785 vue66

Le curé d'Evaillé (Sartre) suppose que la chaleur régnante depuis mars et qui se termina à la Toussaint  fut la cause principale de cette épidémie de 1779 .
"le ciel fut toujours couvert de nuées épaisses et parfois de mauvaise odeur"
"les chaleurs (...) ont du penetrer plus avant dans les marais et entrailles de la terre , en tirer une plus grande quantité de vapeurs mélées de parties etrangeres à la salubrité des corps
"

1 médecin Mr Vetillard et 1 chirurgien Mr Lessault furent dépêchés par le roi pour aider les malades "les soins et remèdes furent tous gratis et opererent avec un succes admirable"

C'est l'occasion pour le curé de mentionner l'extrême robustesse d'un homme de 80 ans atteint à plusieurs reprises de dysenterie.
Georges Dubois contracta la maladie en 1780 et le premier traitement le guérit tout à fait. Cependant, détestant les remèdes, il rechuta et subit la maladie pendant plus de 30 mois "allant toujours le sang"  . Une hydropisie succéda à la dysenterie et eut finalement raison de lui en 1782.
"Il est rare de voir un homme aussi fort" 
!

 

"cette année est remarquable par un dyssenterie qui commenca
au mois de juillet, ses coups furent terribles, plus de la moitié
des habitans en furent attaqués, quarante personnes en moururent
seavoir quinze adultes, vingt huit enfans, elle dura pres de huit
mois, m vetillard medecin au mans et lussault chirurgien a saint
calais furent chargés de la part du roi de venir a notre secours, leurs
soins et remdes furent tous gratis et opererent avec un succes
admirable. les sentimens furent partagés sur la cause de cette maladie
plusieurs et le plus grand nombre pretendent qu'elle fut occasionnée par
les chaleurs qui commencerent avec le mois de mars et ne finirent qu'après
la toussaint pendant lesquelles le ciel fut toujours couvert de nues
epaisses et parfois de mauvaise odeur, cela n'a point paru auparavant ,
les chaleurs aiant eté plus grandes et plus longues que de coutume, elles
ont du  penetrer plus avant dans les marais et entrailles de la terre , en tirer une plus grande quantité de vapeurs mélées de parties etrangeres à la salubrité des corps (...)"

1782 fut encore une année meurtrière dans cette région puisque les fièvres firent "plus de morts ou malades qu'il y a deux ans durant la dissenterie" 

1782 "Nous avons plus
eu de morts ou malades qu'il y a deux ans durant la dissenterie a propos
de cette maladie je crois devoir à la posterité la récit d'un evenement singulier
un nommé gorget dubois agé d'environ quatre vingt ans fut attaqué en
1780 de la dissenterie, au premier acces on lui fit prendre quelques remedes
qui sur le champ l'arreterent, mais au de ce qu'il avoit une forte repugnance
ce pour toute espece de medecine, cette maladie ne tarda pas à le reprendre
l'a eu pendant trente moi, allant toujours le sang, il ne s'est arreté que pour
le jetter dans une hydropisie, il y a six semaines : aujourdhui 2 mars 1782 il vient d'en mourir, il est rare de voir un homme aussi fort "

En 1780, toujours parlant de cet homme résistant, le curé note le traitement administré contre cette maladie :
La thériaque (qui est un contre-poison à base d'opium )  ,
le diascordium (mélange de plantes) et le camphre.

"cette année na rien produit d'extraordinaire, nous avons encore eu quelques
dyssenteriques ( ) un seul merite attention, georget fermier dubois agé d'environ
quatre vingt ans vient de l'éviter pour la quatrième fois depuis seize mois, chaque
attaque a été très violente, a chaque fois notre bon vieillard a été desesperé, a reçu
tous les sacremens, et toujours il a meprisé le secours de la medecine, excepté la theriaque
le diascordium, et le camphre qu'on lui fit prendre dans sa première maladie , je
cru que celle derniere l'emporteroit mais depuis huit jours il est tiré du danger ( ) "

 


Ad72EvailléBMS1778-1792 Vue119

 

 



Vue141-142
 

 

 


Vue132

 

Bien que non précisé dans le registre de 1778 à Nantua (Ain) , c'est peut-être la dysenterie qui emporta 59 enfants du 16 septembre au 24 novembre 1778.
On comptait aux alentours de cette date entre 50 et 60 décès par an à Nantua .En 1778 , il y en aura plus de 130 .
Les "croix" se succèdent dans la marge des pages du registre et sur celle-ci, seul le décès du bas concerne un adulte.


Ange sur le maître autel de l'église de Nantua


La Roche Blanche -Place de la République et les grottes

En 1826 à La Roche Blanche et dans d'autres communes du Puy de Dôme une épidémie de dysenterie se développe , doublant cette année là le nombre de décès habituellement observés.

On note ainsi dans les registres :
1824 : 26 décès
1825 : 36 décès
1826 : 65 morts
1827 : 37 morts
 

L'extrait ci-dessous est tiré d'un ouvrage que vous pouvez consulter.
"Dictionnaire de médecine " de N.P.Adelon