LES ACTES et mentions INSOLITES DES REGISTRES D’ETAT CIVIL
    
 

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Tour d'abandon

De tout temps ,  la pauvreté est la première cause d'abandon des enfants .
En 1830 , on abandonnait généralement les enfants dans des "tours d'abandon" (créés  en 1800) et placés sur les façades des hospices . Il s'agissait d'un petit compartiment cylindrique en bois que l'on ouvrait sur l'extérieur de la rue . Après avoir placé l'enfant à l'intérieur , on sonnait et on faisait pivoter ce cylindre pour que l'ouverture se retrouve côté hospice où l'enfant était recueilli .

Les premiers actes ci-dessous relatent 3 circonstances d'abandon un peu particulières :
Dans les deux premiers actes , l'enfant a été abandonné sur le seuil d'une maison mais on prend bien soin d'en avertir les propriétaires.
Dans le troisième acte, l'enfant a été déposé dans la cour de l'hôpital ,

Nous suivrons le parcours d'Eulalie Rayon , mon ancêtre, enfant abandonné à Lyon, exposée puis placée chez des paysans .

Dès leur admission à l'hospice , les enfants abandonnés se voient attribuer un numéro matricule . Ainsi, nous trouvons dans les registres de décès , la mention de jeunes enfants identifiés par leur matricule. (Voir au bas de cette page)

 


Merci à Pascale Boreau pour cet acte

Commune de Beaufort-en-Vallée (Maine-et-Loire) - 1839 - Abandon

Ce premier cas d'enfant trouvé résume tout à fait le protocole généralement utilisé dans les registres :
on relate où, quand et comment l'enfant a été trouvé ,
on décrit très exactement ce qu'il porte sur lui ainsi que l'éventuel ruban présent autour de son  bras ,
on lui attribue un prénom et un nom si possible originaux et enfin ,
on décide de ce qu'il adviendra de lui .
Ainsi, l'enfant abandonné "à la croisée d'une maison" après avoir frappé à la porte avait "une brassière d'étoffe grise , un lange de ras jaune, un mauvais drapeau, une chemise ". A son bras, "un petit cordon noir" était noué, cordon dont on suppose que la mère a gardé un morceau afin de pouvoir identifier son enfant si elle voulait le reprendre en des jours meilleurs. 
Comme s'il n'était pas suffisant d'avoir été abandonné, voilà que cet enfant se voit attribuer le nom de "Barbe Savonnette " ! Cela semble imposé par le désir de ne pouvoir associer cet enfant à une quelconque famille du lieu.


 

Ad49-Beaufort-en-Vallée- NMD- 1838-1840-Vue99

 

 

 


 

" Le trente janvier mil huit cent trente neuf , à dix heures de
la matinée.
Pardevant nous Louis François Rottier, adjoint au Maire de la ville de
Beaufort, remplissant par délégation du dix huit juillet mil huit cent
trente trois, les fonctions d'officier d'état civil.
Est comparu à la mairie le Sr Auguste Denaixs, perruquier, demeurant
en cette ville, rue des Pulie, lequel nous a déclaré que le jour d'hier à huit
heures du soir, on avait frappé à sa porte, que de suite il l'avait ouverte
et avait trouvé un enfant exposé sur la croisée de sa maison, tel qu'il nous
le présente, emmailloté dans un oreiller rempli de plume de poule, une
brassière d'étoffe grise, un lange de ras jaune, un mauvais drapeau ,
une chemise , le tour du cou en calicot, un bonnet d'indienne lilas
avec un beguin de calicot bordé d'une dentelle blanche et un mouchoir
très mauvais qui lui couvrait la figure après avoir développé l'enfant
nous avons reconnu qu'il était de sexe féminin qu'elle paraissait
naissante et n'avoir aucune marque sur le corps qui puisse la faire
reconnaitre , que seulement elle avait le bras gauche entouré d'un petit
cordon noir; de suite l'avaons inscrite sous le prénom et nom de Barbe
Jeannette Savonnette et avons ordonné qu'elle soit remise aux hospices
d'Angers pour être pourvue à sa nourriture et à son entretien. (...) "

 

 

 

  

Merci à Pascal  auteur du site de généalogie suivant et Merci à Christine du forum genauvergne

Commune de Champs (Puy de Dôme) - 1810 - Abandon

Dans cette petite commune du Puy de Dôme, un enfant est abandonné en pleine nuit  devant la porte d'une maison . Une voix s'élèvera : "prené garde de ce qui et à votre porte"

 " L'an mille huit cent dix et le quinze juillet pardevant nous
françois Lescure maire et officier de l'état civil de la commune de champs
canton de combronde département du puis de dome et comparu pierre
derard agé de quarante cinq an du lieu de Boulard cultivateur de cette
commune qui nous a déclaré que le dit jour a une heur après minuit étant
couché luy et sa femme lesquels ont entendu a leur porte une voix
qui a dit  "derard prené garde de ce qui et a votre porte  " ils se sont levés de
suite et ont trouvé un enfant malle paressant avoir un an vetu en raié
sans aucun autre meuble après avoir visité l'anfant nous n'avons trouvé
aucune marque paressante que ce qui nous a dit le declarant de suite
avons (...)  l'anfant sur le nom de jean picot et avons
ordonné qu'il soit remis à l'hospice de l'administration de riom  département
du puis de dome depuis avons dressé procès verbal en présence de (...)

 

Commune de Lyon - 1830 - Abandon

 

Abandonnée dans la cour de l'hôpital de la charité de Lyon ,
Eulalie Rayon est déclarée à la mairie de Lyon et un procès verbal est rédigé.


"Le vingt trois mai mille huit cent trente , à dix heures et quart du matin
par-devant nous Maire de Lyon a comparu Sieur Jean-Louis Hureville âgé de
soixante un ans , économe de l'hôpital de la Charité de cette ville ,
lequel a déclaré qu'hier soir à dix heures et quart il a été trouvé dans la cour
du dit hôpital un enfant de sexe féminin paraissant nouvellement né et
n'ayant sur lui aucun billet . De suite avons inscrit cet enfant sous
les noms de Eulalie Rayon et l'avons renvoyé à l'hôpital
susdit avec expédition du présent procès verbal portant description de la
layette ; dont acte a été passé (...) en présence du susdit comparant
et de Sieur Claude Signonney, âgé de quarante sept ans et Benoit
Veres âgé de trente deux ans , employés au dit hôpital , lesquels ont signé
avec nous ."
 

 

Commune de Châlon-en-Champagne (Marne)                       Merci à Chantal Senecal

Dès qu'on les trouvait et afin de le mentionner dans le premier acte écrit relatant leur existence, un prénom et parfois un nom étaient attribués à ces enfants abandonnés :

Des noms de fleurs pour certains ici sur ce site
Des noms de légumes et de fruits pour d'autres ici

Il n'est pas rare que les enfants trouvés ne soient identifiés que par leur seul prénom qui devient alors leur patronyme durant toute leur vie .

Le 2 février 1832, un enfant est trouvé devant la porte de l'Hôtel Dieu de Châlon-en-Champagne (51) . Il porte un billet sur lequel écrit son prénom "Gusta" . Il aura par la suite 11 enfants et tant sur son acte de mariage que sur l'acte de naissance de ses enfants, sa seule identité sera "Gusta"
Les vêtements de l'enfant sont décrits très précisément comme s'ils pouvaient servir ultérieurement à une identification éventuelle.

 

 

 

 

" (...) Il a été
déposé près la porte d'entrée dudit hotel dieu
un enfant de sexe masculin paroissant agé
d'environ deux ans et demie de père et mère
inconnus qu'elle nous présente ainsi que ses
effets consistant en un bonnet de toile d'Orange
bleu rouge et blanc garni de dentelle noire une
robe de toile d'Orange eclat un mouchoir de
coton à carreaux rouges et blancs un jupon
de cotonnade à main bleue et blanche , un
tablier de cotonnade brune , une paire de bas de
coton bleu, une paire de sabots et une mauvaise
chemise de toile , cet enfant étoit porteur d'un
billet portant le nom de Gusta (...)
 

En 1815 , on estime qu'il y a 80.000 enfants abandonnés en France .
Tous les enfants trouvés sont exposés sur la voie publique à
la charité du passant , l'exposition existant depuis l'Antiquité .

(voir "Les enfants abandonnés et les enfants naturels" )

Très peu étaient adoptés et la plupart mouraient faute de soin.
Ainsi se succèdent sur les registres des grandes villes , les décès à l'hospice d'enfants "nés et exposés" comme ici à Clermont Ferrand en l'an 10.

 

 


Dépôt d'un enfant dans un tour d'abandon

 

Commune de Clermont-Ferrand (Puy de Dôme) - 1802 -
Exemples d'actes d' exposition dans le registre des naissances .
L'existence d'une marque distinctive était mentionnée. Il n'était pas rare de trouver sur l'enfant un ruban de couleur particulière dont la mère conservait un morceau afin d'identifier son enfant si elle voulait le récupérer par la suite. 

"Acte d'exposition de françois , nouvellement né , exposé à la
porte de la citoyenne cambray , le quatorze prairial dernier , présenté
au citoyen amy , commissaire de police, déposé à l'hospice des
vieillards et orphelins , sans aucune marque distinctive ;"

 

C'est ainsi que notre héroïne Eulalie Rayon est accueillie à l'hospice de la Charité à Lyon .

Extrait du registre de réception des enfants abandonnés de Lyon (ici) :
La date du 22 mai 1830  à laquelle a été rédigée cet acte deviendra la date de naissance officielle d'Eulalie.

"Numéros
entrée 780  - sortie 46073
Eulalie Rayon fille paraissant
nouvellement née, exposée aujourd'hui à dix heures un quart 
du soir dans le tour de cet hôpital ayant pour layette un bonnet
d'indienne fond marron à fleurs jaunes, un mouchoir de coton
blanc, un drapeau, un lange bleu à une bande ordinaire, n'étant porteuse
d'aucun billet ni marque distinctive, a été baptisée dans cet hôpital
et enregistrée à la mairie de cette ville ."

 

 

Le premier placement d'Eulalie a lieu au Poizat (Ain) le 23 mai 1830 , soit le lendemain de son abandon.
Le 6 septembre de la même année, elle change de foyer où elle restera jusqu'au 1er juillet 1837 , toujours au Poizat.



Extrait du registre des placements de Lyon :

"46073 Eulalie Rayon F(ille) Ex(posée) , née le 22 mai 1830 remise à Jean Claude Chanal et Marie Françoise Grenet Aux Granges
de Poizat (Nantua Ain) le 23 mai 1830 , à Placide Berod le 6 7bre 1830 , à Fs (François)
Assumel veuf le 1er 7bre 1837. "

 

Eulalie Rayon  , dite aussi Rosalie, se marie en 1856 à Nantua et aura au moins 4 fils .
Elle devient ouvrière en soie et décède en 1900 .

 

Chaque enfant abandonné se voyait attribuer un numéro matricule ,
qu'il portait , par exemple , sur une boucle d'oreille scellée .

Dans les registres de Lochieu (Ain) , 2 actes de décès portent ces numéros qui "identifiaient" l'enfant .

Années 1787 et 1791