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Nous connaissons les ravages du phylloxéra dans
les vignes dès 1863 en France
et l'invasion catastrophique des doryphores dès 1922, mais nous ignorons que
d'autres parasites
tels que les charançons ou les chenilles pouvaient être, autrefois, un véritable
fléau pour les cultures.
Ces deux mentions suivantes inscrites dans deux registres témoignent
des dégâts provoqués par les chenilles en 1755 à Blanot (Sâone-et-Loire)
et à Thorigny-sur-Oreuse (Yonne)
"(...) on n'a recueilly dans
cette paroisse aucun fruit d'arbres les chenilles les ayant tout mange
exepté des noix (...)"
Merci à Christian Corlay |
![]() Ad71 Blanot BSM 1751-1778- collection communale Vue40 |
"Les chenilles fait un grand tors aux
arbres fruitiers
surtout aux pomiers et poiriers qui ont peu rapportés."
Ad89 Thorigny-sur-Oreuse 1751-1761 5MI
925/11 vue47
Commune de Jonzais -Villefranche d'Allier (Allier)- 1697
Ces divers parasites devaient
être à ce point maléfiques que le curé de Jonzais
écrira dans ses registres un exorcisme et un oremus (invitation à la prière)
contre cette vermine !
"Exorcisme Contre la vermine qui gaste
les
Bleds, charantons ou poux des granges et chenilles "
Merci à Jean-Louis Pernière |
![]() Ad03- cote GG 1-1687-1774 Villefranche d'Allier - BMS Vue25 |
Commune de Thorigny-sur-Oreuse (Yonne)- 1755
Durant 20 ans, le curé Gratian
Dugaudin relata dans ses registres
des événements aussi nombreux que variés à la fin de chaque année.
Notons que nombreux se retrouvent écrits mot pour mot dans des livres ou revues,
ce qui laisse supposer que le curé devait avoir accès à des journaux
dont il recopiait les articles importants.
Ainsi, nous trouvons dans ses registres, la météo, les guerres, le prix des
denrées
mais aussi des remèdes pour lutter contre 3 parasites :
le charançon , la chenille et la nielle du blé ,
mentions plutôt rares et originales dans un registre paroissial !
Merci à Georges Houy qui m'a indiqué ces registres aux mentions si riches
Cette recette se trouve textuellement
dans un livre intitulé
"Secrets concernant les arts et métiers" paru en 1791 (voir
ici p.174-175)
La mention recopiée par le curé datant de 1755 ,
nous pouvons supposer que le "copier-coller" existait déjà à
cette époque !
Le traitement proposé à base de buis se justifie surtout par sa forte odeur
qui serait répulsive pour bien des animaux
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"Remede specifique contre les charansons Lorsqu'il n'y a plus de bled dans le grenier il faut semer sur le plancher des branches de buis en assez bonne quantité les y laisser jusqu'au tems qu'on y mettra le grain, ensuite les ranger contre les murailles, en mettre sur les murailles, dans des trous , en pendre aux chevrons, aux lattes, &, & les y laisser plusieurs années tant qu'elles ne nuiront point . S'il y avoit du bled dans le grenier il faudra mettre les branches de buis dans le bled & aux environs, & s'il y avoit des charansons dans le grange, il faudra entasser des branches de buis avec les gerbes. Labsinthe est aussi un specifique contre les charansons" |
Les chenilles
En 1769, "l'Albert moderne"
reprend de façon presque identique
ce remède contre les chenilles (voir
ici)
Le savon noir dont il est fait usage ici est ,encore de nos jours,
reconnu comme un insecticide biologique très efficace .
"Remedes contre les chenilles Secret immanquable pour faire mourir les chenilles Il faut prendre un peu de savon noir gras , se le battre dans un seau plein d'eau, ensuitte on jettera ce melange avec un goupillon sur les pelottes de chenilles nouvellement formées & renfermées dans leurs poches, le matin avant le lever du soleil, ou le soir après quelles sy sont retirées . une seule goutte de cette eau mousseuse tombant sur la poche, bourse ou toille qui renferme les chenilles, à ces heures, a la vertu de les faire crever & de les detacher de leurs bourses d'où elles tombent, ainsi perit avec elles leur nombreuse postérité sans quon soit obligé de bruler leurs bourses ni d'écrasser les chenilles . " |
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La nielle du blé
La nielle du blé est provoquée
par des nématodes (petits vers microscopiques)
alors que la carie du blé est due à des champignons.
Il semblerait donc qu'il y ait confusion à l'époque sur la dénomination de ces
maladies du blé
dont l'un des symptômes est la présence de poudre noire dans les grains mûrs.
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"Le bled noir ou niellé On a remarque que la source de la carie ou du noir du bled provient de la poussierre des grains de froment noir ou corrompus; ors pour se garantir de cette maladie des bleds, il faut apres avoir lavé le froment dans de leau simple il faudra encore le laver avec la lessive ordinaire ou bien avec de lurine de vache ou humaine putrefié le tout meste de chaux vive. Il faudra encore avoir attention que les pailles des epis noirs ou carries soient bien pouris et de ne pas jetter ces pailles en terre sur la surface de la terre. prendre garde que le grain ne soit point exposé à la poussière noire soit dans le grenier ou dans la grange lorsqu'on bat le grain & employer le grain de la meilleure espur pur de touttes salletes & qui n'ait point ete mouillé dans les champs." |
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