LES ACTES et mentions INSOLITES DES REGISTRES D’ETAT CIVIL
    
 

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La sécheresse n'est pas toujours liée à des températures caniculaires, mais quand ces 2 phénomènes se cumulent, les conséquences sont catastrophiques pour les cultures et les vergers.
Des incendies de chaumes, de taillis, se déclarent plus facilement, les puits et les rivières tarissent.
Une disette et surtout une augmentation du prix des denrées s'ensuivent.

L'histoire retient diverses dates de sécheresse mémorable .
En l'an 357, le manque d'eau fut parait-il si important, que l'on traversait le Rhin à gué.
En 1187, une famine causée par la sécheresse sévit en Europe occidentale.
Les pluies continuelles des années 1692 et 1693, suivies d'une grande sécheresse en 1694 provoquèrent l'une des plus grandes famines que connues la France faisant près de 2 millions de morts.
(ici sur ce site )
 

 

 
La sécheresse de 1623  
La sécheresse de 1723 
Processions et prières lors de la sécheresse de 1742
La sécheresse de 1762 : les arbres fleurissent deux fois
La sécheresse et les grosses chaleurs de 1782
La grande sécheresse de 1785 
La sécheresse de 1791

 

Voir : Les grands étés en France

 

On dispose très peu d'informations sur cette sécheresse de 1623 qui fut caniculaire.

Le curé de Charnay (Rhône) la mentionne dans ses registres :

" Ceste présente année il a faict une si
grande sécheresse en ce pays que
deppuys la St Jehan jusques
à la Toussaint en ce lieu de
Charnay l'eau a été plus rare
que le vin en foy de ce
jay signe"

 

 


Ad69 Charnay 47GG1 B-1623 vue3
 

     
"La sécheresse de 1723 surpassa à Paris celle de toutes les années observées" ici

Cette intensité exceptionnelle est d'ailleurs notée par le curé de Dangueul (Sarthe) :

"Observations pour la postérité
Il faut remarquer que cette année 1723 a esté
la plus seiche qu'homme ait jamais vue

puisqu'il na point plu pendant six mois le blé valoit
mesure de René six livres"

 

 


Ad72 Dangeul Bms1700-1739 vue98


On attribue à la sécheresse de 1731, une pollution des eaux de la Seine par différents micro-organismes qui provoqua une augmentation des "maladies populaires" à Paris.
 ici

Le curé de Damblain (Vosges) développe abondamment le fait que malgré la neige tombée en février, la sécheresse "a duré presque toute l'année" . Elle fut responsable, entre autre,  de maladie sur le bétail.

"L'année 1731 a été assez extraordinaire par
la secheresse qui a duré presque toutte l'anne
car il n'est point tombé de pluye pendant l'hyver
ny le printemps, il est tombé seulement de la
neige en abondance au mois de février qui s'est
fondue au soleil et qui a durée longtemps Sur
terre, cette neige qui sembloit garentir les bleds
a la campagne, en a fait perir une grande partie
parce que ce qui se fondoit pendant le jour se geloit
la nuit et faisoit une glace qui geloit les bleds qui
etoient decouverts , cette neige s'etant fondue
au sensible (  ) au soleil n'etoit point en la terre
qui etoit gelée, en sorte que (          )
a cette neige jointe a un vent de bize qui a regné
pendant le mois de mars avril may, il ny a pas
eu ou au moins tres peu eu de foin d'avoine, d'orge
et de paille, il y a eu peu de bled et de vin mais le peu
qu'il y a eu a été tres bon; le betail a beaucoup
soufert dans la meme annee, on a vendu un liard
livre de paillet et un sol celle de foin; la grande secheresse
a aussy causé en plusieurs endroits une maladie par
les chevaux et betes rouges qui leur faisoit tomber la langue
(...) "

 

 

 


Ad88 Damblain Bms 1730-1731 vue23

La sécheresse de 1742 d'abord en Bretagne et dans le bassin de la Seine se propagea à toute l'Europe en 1743 . Le curé de Torcé-en Vallée (Sarthe) note très justement que la production de vin fut abondante. En effet, l'effet de la sécheresse sur les vignes est bien souvent une production exceptionnelle et d'excellente qualité.

"L'annee presente fut remarquable par une
grande secheresse et l'abondance des vins que
elle a produit. Le vin a value deux escus
la pipe et le bled vers la fin de l'annéee
a fort diminué"

 

A St Germain-du-Val (Sarthe) , après de vaines prières et processions, une procession est faite le jour de la Pentecôte pour faire venir la pluie et, Dieu merci, "la nuit et la jour suivants le ciel nous donna de la pluye suffisament" .

"Le Jeudy 17e jour de may 1742, la sécheresse étant
extraordinaire, universelle, et très prejudiciable aux biens
de la terre, que l'on regardoit deslors comme hors d'état de
pouvoir parvenir à une parfaite maturité, après de sprières
publiques faittes dans touttes les Paroisses des environs,
et mesme une procession solemnelle faitte de vion à ligron par
clermont et le chateau senechal avec grand nombre de nos
paroissiens, et la secheresse continuant, on indiqua le jour
de la Pentecote une procession solemnelle pour le jeudy suivant,
à la chapelle tres renommée de Notre Dame du Chesne sittuée
dans la lande de Vion; L'assemblée de nos Paroissiens fût
indiquée dans l'Eglise de Louailles, elle s'en trouva remplie
des avant quatre heures du matin, les personnes les plus agées
tant hommes que femmes, des enfants fort jeunes de l'un ou l'autre
sexe y assistèrent avec grand zèle et devotion, après le son des
cloches de Louailles et les prières preliminaires on partit en bel
ordre de laditte Eglise, Croix et Banniere qu'on avoit portées d'icy
etant levées, on chanta tout le chemin jusqu'à laditte chapelle,
les spaumes de la Penitence, y etant arrivés nous y trouvames
six ou sept Paroissiens desje rendus ou prestes à y arriver, nous
y chantames la Messe solennellement et selon notre pieuse intention,
après la Messe nous repartimes sans nou arreter, et retournâmes
à Louailles dans le mesme ordre en chantant les Litanies et
hymnes de la tres sainte Vierge, etant arrivés dans l'Eglise
et les prieres finies, on dejeuna et chacun rendit chez luy sans
se sentir fatigué, tant la dévotion etoit ardente, et la nuit
et jour suivants, le ciel nous donna de la pluye suffisament ."
 

 

 

 

 


Ad72 Torcé-en-Vallée Bms1741-1750 vue59


Ad72 St Germain-du-Val Bms 1737-1760 Vue69

La sécheresse de 1762 fut aussi caniculaire et malgré quelques pluies locales, elle se poursuivit jusqu'en février 1763.

A Azollette (Rhône) , les rivières sont taries et il faut "moudre à la corde" pour produire la farine .
Les villageois étant "près de mourir de soif "

" Cette année 1762 il at eût une secheresse
extraordinaire car depuis le mois de mars
jusu'à la fin du mois d'aoust il ne tombat point
de pluye ont eût beau temps à faire les foins
comme vous voyez ont fit des prières dans le
mois d'aoust et la pluye vint au milieu du mois dans les
cantons effet de la miséricorde du seigneur qui
voulut bien nous ecouter car nous etions pres
de mourir de soif nous ne trouvions point d'eau
dans les rivières puisque nous étions obligés
de moudre à la corde et par là nous ne
mangions pas de trop bon pain "

Toujours cette même année 1762 à Joux (Rhône), seuls 2 puits n'étaient secs (dont celui de la cure) et les arbres refleurirent une seconde fois en septembre.

"nota que la même année depuis le quatorze may jusque
a la premiere semaine de septembre il n'est point tombés
de pluye le sec a esté si grand que plusieurs arbres ont fleuri
une seconde fois sur la fin de septembre, ce qu'on n'avoit
pas vû de memoire d'homme . Les ruisseaux étoient secs, aussy
bien que les puits . il ny avoit que dans le bourg de joux que le
puits de la cure et un autre qui n'ont pas estés a sec . les
grains ont manqués "

 

 


Ad69 Azollette 16GG2 Bms 1762 Vue2


Ad69 Joux 102GG1Bms1762 Vue12

En juin et juillet 1782, la sécheresse et les grosses chaleurs
furent quasi générales en France et dans les pays méditerranéens.  Ainsi , un naturaliste raconte :
"(...) qu'au mois de juin 1782, la sécheresse et la chaleur furent si grandes en Provence, qu'on vit, à deux lieux de Sallon, des araignées, qui ordinairement ne sont pas venimeuses, occasionner, par leur morsure, des maladies graves (...)"  
(Voir le texte )

 
Commune de Champfromier (Ain) - 1782

Le curé confirme une exceptionnelle sécheresse estivale .
"Tous les bleds de Pâques furent grillés"
"Il n'y eut que très peu de fourrage"
"point de fruit excepté quelques poires"
"Ce fut , au dire des anciens, une des plus mauvaises saisons"


" Il y eut en cette année une secheresse pendant tout
l'été qui consuma tout, il n'y eut que les bleds d'hyvers
qui fournirent une mince récolte, tout les bleds de
Pâques furent grillés et ne fournirent pas même leurs
semences, il n'y eut que très peu de fourrage et encore
ne valut il pas grand chose, il n'y eut pour ainsi dire
point de fruit excepté quelques poires, on n'eut point
de choux, les raves furent assez abbondantes, mais
très petite et de bon gout, il en resta beaucoup sous
la neige qui vint de très bonne heure, les pommes
de terre eurent le même sort et le peu qu'on en tira
de terre furent point bonnes. Ce fut, au dire
des anciens, une des plus mauvaises saisons qu'on
eut jamais passer. La misère fut très grande
dans cette paroisse, le chanvre ayant manqué
comme les autres denrées, les pauvres champfromerans
ne purent gagner au peigne de quoi payer les deniers
royaux ni de quoi acheter de bled qui se voulait
très cher ."

En 1783, une nouvelle annotation du curé dans ses registres mentionne la sous-alimentation des villageois qui semblent malgré tout en bonne santé .

"La disette de l'année précédente a fait souffrir bien des
gens, mais  graces à dieu, on est parvenu à la moisson
sans que personne ait péri par la faim et sans qu'il
y ait eu des maladies qu'on avoit lieu de craindre
a cause des mauvais aliments dont le plus grand
nombre s'étoit nourri "

   



 

La sécheresse de 1785 a lieu sous une relative fraicheur durant le printemps et l'été.
Bien qu'elle engendra une grande misère parmi la population, c'est surtout les bestiaux qui souffrirent par manque de fourrage. 
A Guierche (Sarthe) , le curé fait une longue description des récoltes et du prix des denrées, mentionnant quand même une production de vin abondante mais d'une qualité ordinaire .

 "Depuis le huit fevrier 1785 jusqu'au douze novembre de la même
année la secheresse a été si grande dans cette paroisse et
dans tout le païs voisin que la terre n'a produit que très peu
d'aliments pour les hommes et les animaux. 
La récoltye de bled a été très ordinaire, mais cette d'orge on
a manqué totallement, de maniere que le froment valloit
quatre livres le boisseau mesure du mans pesant 30 livres
et l'orge cinquante cinq sols même mesure.
Le chanvre qui est abondant dans cette paroisse, resource très
grande pour les laboureurs et les pauvres a manqué
totallement; ce qui a causé un très grand domage aux
habitants et une très grande misere parmi les ( ) .
Les aliments pour les animaux a été d'un prix excessif
de sorte qu'une voiture de paille pesant quinze
cent valloit soixante livres, et encore on pouvoit a peine
en trouver.
une voiture de foin pesant deux mille valloit deux cent
livres. la chaleur continuelle avoit devasté tellement les
campagnes qu'on ne ceuillit aucuns fruits , et que la terre
ne produit aucunes herbes pour la nourriture des animaux
de manière que le Beure valloit vingt sols la livre. une
grande partie des bestiaux perit ce qui occasionna la ruine
d'une infinités de colons, de sorte qu'on avoit point vu depuis
très longtemps un aussi grand nombre de malheureux.
Cependant on a eu dans les paîs vignobles une grande abondance
de vin d'une qualité ordinaire ( ) "
 

 


Ad72 Guierche Bms 1760-1792 Vue300

La sécheresse de 1791 n'est pas mémorable en France et n'existe sans doute que localement. Elle est mentionnée dans la commune de Limonest (Rhône) où elle dura 3 mois et demi.

"Du 21 juin de l'an que dessus, il y a eu une sécheresse qui
a duré près de trois mois et demy, il n'y a point eu de petit
foin dans la plus grande partie de la paroisse, ny raves
ny autres légumes, du vin en petite quantité dans les
endroits sabloneux, mais fort cher, il s'en est vendu à 3 livres
35 l'anée le vieux, 40 ou 45 livres l'anée suivant sa
qualité; les autres danrées ont été médiocres; a peine
peut on trouver es trufes rouges pour 5 à 6 livres le bicheton"

 


Ad69 Limonest 116GG6 Bms 1791 vue8

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